Muneer Alqahtani : les dessous des relations interculturelles

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Muneer Alqahtani : les dessous des relations interculturelles

  • OISE France
  • Lundi 9 décembre 2019

Muneer Alqahtani nous en dit plus sur les relations interculturelles.

relations interculturelles

Les relations interculturelles d'après Muneer Alqahtani

  • Pouvez-vous vous présenter et présenter votre travail universitaire ? Comment et pourquoi vous vous êtes-vous penché sur la question des communications interculturelles ?

Je prépare actuellement un Doctorat à l'Université de Durham, en Angleterre. Ma recherche porte sur les expériences interculturelles des étudiants saoudiens au Royaume-Uni et la façon dont ces expériences influent sur leur identité. J'utilise le terme interculturelle plutôt que multiculturelle car le premier terme concerne les interactions entre différentes cultures tandis que le second se concentre sur des comparaisons entre elles. Certains chercheurs utilisent cependant les deux vocables sans faire de distinction.

Mon diplôme de premier cycle portait sur la linguistique appliquée et mon Master portait sur l’étude de l'enseignement de l'anglais langue étrangère. Je me suis ensuite concentré sur la communication interculturelle comme domaine de recherche lorsque je suis tombé sur un livre fascinant. L'auteur y laissait entendre qu'une réponse typique à la question “Pourquoi apprendre l'anglais ?” serait “Pour communiquer avec les gens à travers le monde”. Toutefois, la vraie question est : la langue seule suffit-elle pour une communication réussie ? Ou bien y a-t-il d'autres composantes complexes qui viennent s'ajouter au processus de communication, tels que l’intelligence culturelle ? Et ma recherche a commencé.

  • Comment expliquer les communications interculturelles à quelqu'un qui n'en a jamais entendu parler ? Quels en sont les principes ?

Je vais essayer d’utiliser des termes simples. Imaginez deux personnes de milieux culturels différents parlant chacun un anglais parfait. Quand ils se rencontrent pour la première fois, ils sont confrontés à des problèmes liés à leurs différences culturelles. Les modes de salutations, par exemple : l'un d'entre eux préfère la poignée de main tandis que l'autre ne se serre pas la main aux étrangers. Même si cela peut sembler étrange à certains, c'est déjà arrivé avec des participants que j'ai interviewés pour mes recherches. En dépit de leurs compétences linguistiques en anglais, les deux personnes auront du mal à initier une communication réussie. Les études sur la communication interculturelle sont donc utiles pour combler le fossé entre les interlocuteurs d'horizons différents, dans l'objectif de fournir une meilleure compréhension mutuelle. Il existe de nombreuses théories qui fournissent des cadres théoriques sur la façon d'atteindre cet objectif, mais en discuter nécessite beaucoup de temps et d'espace.

  • Comment ce sujet est-il lié à l'étude d'une langue étrangère ? Quelle est son importance lorsque l’on apprend une nouvelle langue ?

Comme je l'ai dit plus tôt, la communication ne se limite pas à la langue. La langue n'est qu'une partie de la communication, la pointe de l'iceberg. Une meilleure compréhension culturelle est donc nécessaire. Il est important de noter que la compréhension interculturelle ne se contente pas de stéréotypes. Par exemple, les gens ne sont pas introvertis parce qu'ils ont grandi dans un pays X, et ce n’est pas “dans la culture” d'un pays Y de ne pas vous regarder dans les yeux quand on vous parle. Nous devons comprendre les gens comme des individus indépendants c'est pourquoi la diversité linguistique est indispensable. Chaque cas est différent de l'autre, même s’ils sont issus de la même culture. Compréhension mutuelle et respect sont les pivots d'une communication efficace. Nous sommes des individus, pas simplement les représentants d'un groupe ethnique ou culturel.

  • Quelle est la différence entre le multiculturalisme et les communications interculturelles ?

En un mot, le multiculturalisme tient du rapprochement de différentes cultures, ayant des droits égaux entre elles ainsi que la liberté de pratiquer leurs rites (à condition bien sûr de ne pas violer la loi du pays où elles résident). La communication interculturelle explore, quant à elle, les interactions entre ces cultures. Il ne s'agit pas de rassembler différentes cultures dans un endroit commun, comme le fait le multiculturalisme, il s'agit de promouvoir les échanges. J'ai été invité une fois à ce que l’on appelle en anglais un “intercultural food event”. Dans une grande salle, différents types de cuisines du monde entier étaient représentés et différents types d'aliments étaient servis, les uns à côté des autres. Je préférerais appeler cela un “multicultural food event”. Cela n'a rien à voir avec l’interculturalité telle que je la comprends. Un plat véritablement interculturel, pour moi, ce sont des sushis servis avec curry indien !

  • Pouvez-vous nous dresser un aperçu des théories classiques des communications interculturelles ?

Pour rester simple, il existe deux grands types de théories : les théories qui utilisent une approche essentialiste, et d’autres théories... je ne sais pas... plus complexes ? Les premières tentent de capturer l'essence des personnes et leurs comportements de façon simple et catégorique, dans l'espoir de pouvoir ensuite les “ranger” dans une boîte. Nos interactions sont donc plus facile à comprendre ainsi. Ces théories suggèrent par exemple que lorsque des individus entrent en contact avec les individus d'une culture différente, ils ont tendance à agir d’une manière prédéfinie, toujours identique. D'autres théories suggèrent que lorsque les gens découvrent un nouvel environnement, ils développent des compétences interculturelles selon un certain nombre d'étapes, dans un certain ordre. Le problème avec ces théories est qu'elles ont tendance à être réductrices dans de nombreux cas. Que faire alors si le comportement de quelqu'un ne rentre pas dans ces catégories ?

Les autres types de théories, celles plus complexes, affirment que le comportement de l'être humain est très varié et ne peut pas être catalogué de cette manière. Elles sont à la recherche d’explications plus complètes et subtiles pour comprendre les communications interculturelles. Ces théories donnent une large place à la notion d'identité, prennent en considération sa fluidité et son caractère composite, qui ne peuvent donc pas être capturés d'une manière simple et systématique. Par conséquent, ces théories délaissent les stéréotypes pour comprendre les personnes en tant qu’individus, qui se comportent tous différemment même s’ils ont les mêmes origines culturelles. L'intérêt de ces théories porte sur la compréhension de l'inconnu, la tolérance et le respect.

  • Quels sont les nouveaux horizons vers lesquels s’oriente la recherche ?

Il est difficile de prédire la façon dont la recherche va s'orienter dans le futur. Il y a toujours de la place pour le développement et le raffinement des théories, dans la mesure où le comportement de l'Homme est en train de changer lui aussi, en raison de la mondialisation et des environnements de plus en plus hétérogènes que nous connaissons. De nombreuses théories ont été considérées comme une révolution dans leur temps et sont maintenant critiquées et améliorées.

  • Comment pensez-vous que les communications interculturelles affectent les échanges entre les différentes nationalités de nos jours ?

Comme mentionné plus tôt, ma recherche est axée sur les interactions interculturelles et la négociation de l'identité. Je n'utilise pas le terme “nationalité” car il n'est pas synonyme de “culture”. La nationalité est définie par des frontières politiques, tandis que les cultures sont problématiques à définir. Il est très difficile de déterminer où une culture se termine et où commence une nouvelle culture, à la différence des frontières politiques. J'espère que les recherches sur les communications interculturelle pourront fournir une compréhension approfondie des uns avec les autres, et pourront faire entendre qu'il existe plusieurs réalités plutôt qu'une réalité absolue qui n’appartiendrait qu’à une culture.